L’Agence Française de Développement (AFD) a émis dernièrement un appel à projets pour une conférence qui doit se tenir à Paris le 14 Juin. Si cette initiative n’a rien de surprenant en elle-même, ce qui par contre heurte l’entendement, c’est que l’AFD exige de la part des soumissionnaires français des réponses exclusivement en Anglais. Oui, en Anglais !
Quand on sait que l’AFD est un organisme français, qu’elle s’est vue confier par les pouvoirs publics le rôle d’opérateur-pivot de la coopération française et que plusieurs membres du Gouvernement siègent au sein de son Conseil d’Administration, on est en droit de se poser des questions quant à cette manière d’agir.
Veut-on enterrer la langue française ?
Après avoir envahi nos médias, la culture anglo-saxonne déferle dans les grandes écoles et dans le monde de l’entreprise.
De plus en plus d’écoles et d’universités publiques imposent à leurs étudiants des enseignements en anglais qui sont dispensés par des professeurs français à des étudiants qui sont souvent tous français ou francophones.
De plus en plus de techniciens, dans les hôpitaux, dans les ateliers de mécanique, doivent utiliser des modes d’emploi rédigés en anglais. Lors de colloques scientifiques se tenant dans notre pays, l’usage du français est très souvent complètement banni dans les deux formes de communication : orale et écrite.
Quant aux universitaires et chercheurs, ils doivent désormais rédiger leurs demandes de financement en anglais pour obtenir des subventions non seulement de l’Europe, mais aussi au niveau national. Et sait-on que depuis le passage de Rachida DATI au Ministère de la Justice, l’étude de l’anglais a été imposée à nos magistrats alors qu’ils sont censés travailler exclusivement dans la langue de la République.
Les exemples pourraient être ainsi multipliés à l’infini. Ce qu’il faut retenir cependant, c’est qu’il y a dans tout cela un fil conducteur. Ce fil conducteur c’est le renoncement, le renoncement coupable de nos élites dirigeantes qui, sous prétexte d’accompagner la mondialisation, bradent ce que nous avons de plus profond en nous, ce qui fait la construction de notre pensée, ce qui fait ce que nous sommes. Car, à travers notre langue, nous sommes les héritiers d’Athènes et de Rome. Nous sommes les filles et les fils de Molière, de Voltaire et de Victor Hugo.
Prenons garde à ne pas l’oublier, car il pourrait en être demain du français ce qu’il est advenu du latin : une langue morte. Et le rayonnement de notre pays à travers le monde pourrait lui-même s’éteindre avec la disparition de notre langue et de notre culture. Voilà qui devrait donner à réfléchir à beaucoup.


